<< Retour aux articles
Image  article

Vers une reconnaissance encadrée de l’information fiable : état du droit et perspectives

Propriété intellectuelle et TIC - Propriété intellectuelle et TIC
06/01/2026

La question de la labellisation des médias a récemment refait surface dans le débat public, dans un contexte marqué par la multiplication des fausses informations et des phénomènes de désinformation. Cette réflexion appelle une analyse juridique mesurée, fondée sur le droit français des médias et sur les limites des outils actuellement disponibles.

La liberté d’expression et de communication constitue un principe fondamental à valeur constitutionnelle. Elle demeure toutefois encadrée par la loi afin de prévenir les abus. Le législateur a progressivement instauré un ensemble de dispositifs destinés à sanctionner la diffusion d’informations inexactes ou trompeuses. Malgré cette architecture normative dense, l’efficacité de ces mécanismes reste limitée face à la rapidité et à l’ampleur des flux informationnels contemporains.

La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse constitue le socle historique de la régulation de l’information. Elle prévoit notamment le droit de rectification, le droit de réponse, ainsi que les infractions de fausse nouvelle et de diffamation. La jurisprudence a assoupli les conditions de défense en reconnaissant la bonne foi de l’auteur lorsque les propos reposent sur une enquête sérieuse et des sources vérifiées. Ces mécanismes demeurent néanmoins essentiellement répressifs et interviennent souvent tardivement.

Le dispositif est complété par d’autres textes. Le Code pénal réprime certains montages frauduleux, y compris ceux issus de procédés algorithmiques, lorsqu’ils portent atteinte à l’image ou à la réputation des personnes. Le Code civil protège la présomption d’innocence, interdisant toute présentation publique d’un individu comme coupable avant toute condamnation définitive. En matière économique, le Code de la consommation et le Code monétaire et financier sanctionnent les pratiques informationnelles trompeuses.

Les lois du 22 décembre 2018 ont marqué une évolution importante en instaurant un mécanisme spécifique de lutte contre la manipulation de l’information en période électorale. Le juge des référés peut ordonner la cessation de la diffusion de fausses informations lorsque leur caractère trompeur et leur impact sur la sincérité du scrutin sont manifestes. Par ailleurs, l’ARCOM intervient pour garantir le pluralisme et l’honnêteté de l’information audiovisuelle.

Malgré ces dispositifs, le cadre juridique demeure éclaté et souvent inadapté à l’instantanéité du numérique. C’est dans ce contexte que la notion de labellisation fondée sur la déontologie professionnelle apparaît comme une piste complémentaire, reposant sur l’autorégulation des acteurs de l’information et non sur un contrôle étatique direct.

Le droit positif intègre déjà certaines exigences allant dans ce sens. Le statut des agences de presse, les conditions d’accès aux aides publiques à la presse ou encore l’exigence d’un traitement journalistique pour les services de presse en ligne traduisent une volonté de garantir la fiabilité, l’indépendance et la transparence de l’information. L’adoption de chartes déontologiques et la mise en place de dispositifs internes de médiation participent également de cette logique.

La labellisation ne saurait constituer une réponse exhaustive aux dérives informationnelles. Elle pourrait toutefois représenter un outil complémentaire et préventif, destiné à valoriser les pratiques professionnelles respectueuses des exigences de rigueur, d’indépendance et de pluralisme. En renforçant la lisibilité et la crédibilité de l’information, elle contribuerait à la protection du droit du public à une information de qualité, pilier essentiel du fonctionnement démocratique.